Une nuit sous les étoiles

Publié le par La griotte


Initiés par nos tous premiers hôtes de Niamey, nous avons passé notre 1ère nuit en brousse. A la belle étoile.

Je vois venir les questions : ça sert à quoi de faire ça ? Ben ça "sert" à s'évader de Niamey, à découvrir un autre Niger, celui de la brousse, à s'en mettre plein les mirettes, à faire des rencontresetc.

Vendredi 16h, nous décollons de Niamey.

Vendredi 16h15, nous crevons. Ben oui, sinon ça aurait été trop facile. Mais notre hôte a tout de même un Paris-Dakar à son actif, ce n'est pas donc pas une petite crevaison qui nous a arrêté.

Nous avons roulé une petite heure sur le goudron, en direction de la frontière du Burkina, puis bifurqués sur une piste qui menait au village de Kiki. Kiki et son célèbre (2d degré) marché du samedi.
Avant d'atteindre le village de Kiki, nous avons à nouveau bifurqué au hasard et atterris dans le village gourmantché de B.

Nos 1ers contacts à B. ont été le père Luigi (3 pères italiens, fort aimables, faisant partie de la Société des Missions Africaines, oeuvrant dans ce village, depuis 3 ans pour le père Luigi) et Petit Paul. Ils nous ont présenté au chef du village.

La présentation au chef. Un récit en soi.
Nous suivons Petit Paul et Luigi à travers le village et la concession* du chef. La troupe d'enfants se consititue, grossit, bruit de mille petits rires. De petites mains effleurent les nôtres, le contact se crée.
Nous arrivons devant la case du chef. Petit Paul et Luigi expliquent que nous sommes des Niameyzé de passage. Nous nous asseyons tous en rond, qui sur une chaise, qui sur un mini-tabouret en bois. Un silence s'installe. Chacun s'observe.
Je suis toute émoustillée et sens que le breton ne l'est pas moins. Il frétille sur sa chaise à côté de moi.
Luigi rompt le silence et s'adresse au chef en français en disant que nous sommes venus chercher l'hospitalité et que nous souhaitons dormir à la belle étoile.
Petit Paul traduit.
Regards interloqués et sourires francs accueillent cette nouvelle : dormir dehors ? Mais pourquoi ? M'enfin, si les hanassara en ont envie...
Le chef nous autorise donc à nous installer dans son jardin, légèrement à l'écart du village.

Sur le chemin du jardin, la petite troupe se reconstitue rapidement. Les enfants s'enhardissent, quelques fillettes esquissent des pas de danse. Qu'à cela ne tienne ! Je commence alors à taper dans mes mains au rythme d'un tamtam imaginaire.
Un vrai moment Nutella !

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Nous avons installé notre nid d'amour d'une nuit sous un magnifique arbre... Manguier ? Moi et la flore...

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Nous avons bien bu et bien mangé (merci à nos hôtes !) et à 22h30 dodo. Ben oui, en brousse on ne veille pas des masses. Il fait nuit noire depuis 19h30.

Et, alors que Morphée nous tend ses bras... Des voix s'élèvent et nous encerclent. Des hommes font répéter à de jeunes garçons des chants que j'imagine rituels. Les yeux grands ouverts sur les étoiles, l'oreille aux aguets, le sourire aux lèvres j'ai veillé jusqu'à ce que le dernier chanteur capitule (le Brreton et nos hôtes avaient rendu les armes bien avant).
Alors là je vais être cucu. Mais, pour ma défense, il faut le vivre pour le croire. 
Nous sommes en brousse, si près de Niamey, pas bien loin de la France et à des années lumières dans le même temps !
Le ciel étoilé est magique, la présentation avec le chef a été folklo.
Et soudainement, c'est tout mon imaginaire qui prend corps : Kessel, Hampâté Bâ, Le Clézio et consorts. Des chants de gorge, profonds, émouvants, s'élèvent repris par des voix claires et limpides...
Bon ce n'est pas le cliché Nutella à 100% non plus : certains ne feront pas une carrière musicale c'est certain, d'autres oublient les paroles et de nombreux rires ponctuent cette veillée.

Sur ce, je tente de m'endormir. Mais les braiements d'ânes en rut (c'est ce week end que l'expression "gueuler comme un âne" a pris tout son sens), les aboiements des chiens et le cri des oiseaux m'en empêcheront la plus grande partie de ce qui me reste à dormir.

Je me lève donc à l'aube et pars me balader dans le village. Je suis rapidement "guidée" par Dasondé que j'ai rencontré à côté de sa concession, debout sur une motte de terre, bras tendu vers le ciel, dans une attitude de récepteur téléphonique.

J'ai visité deux concessions de fond en comble. Je suis rentrée dans toutes les cases, ai serré plus de mains qu'un homme politique en campagne, et ai pris des odeurs et de la fumée plein la tête. à 7h du mat' et à jeun, NDLR.
Dans chaque case, un foyer était allumé : l'air y était irrespirable. Je n'imagine même pas l'état des poumons de tous ces villageois !

Voici quelques photos.

La salle de classe.

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Les greniers à céréale.

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La concession de Dasondé

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Dasondé et sa femme à l'intérieur de leur case

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Le vieux (chef de famille, donc de la concession) et sa vieille :

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Je suis ensuite rentrée auprès de mon breton et de mes hôtes pour un petit-déjeuner bien mérité.

Mais nos aventures hors du commun n'ayant pas limites, nous ne quitterons pas le village ainsi...

La suite mercredi...

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Kala a ton ton


*
Concession : les villages sont organisés en concessions. Ces espaces clos, abritent plusieurs cases, et réunissent une famille (au sens large) sous la houlette du chef de famille, de l'ancêtre. La concession du chef de B. abrite 200 personnes.

Publié dans Reportages photos

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Olivia 12/02/2010 13:35



Un joli conte... ca laisse rêveuse mais, dis moi Julie, quand est-ce que racontes les bêbetes qui rodent la nuit autour d'une moustiquaire plantée en pleine brousse... dis moi pas qu'y en a
pas...
Plein d ebises
Olivia



La griotte 18/02/2010 19:51


Je vais te décevoir mais très peu de bêbêtes. Rien à dire, le Niger c'est vraiment sympa !


emilie 09/02/2010 12:23


merci de nous faire partager ces moments ,on s'echappe une minute du stress quotidien .Ca donne envie d'y etre . emilie de marseille


La griotte 09/02/2010 17:01


Merci Emilie, ça m'encourage à continuer. Et Marseille, pour le peu que je la connais, est une jolie ville.


cathy 09/02/2010 11:32


la salle de classe laisse rêveuse,ah si j'avais eu de tels moyens peut-être aurais-je continué!Il est certain que les élèves sont surement plus réceptifs(de plus ils échappent ainsi aux tâches
quotidiennes ) ,cela me rappelle les classes au Sénégal ou ils se retrouvaient à cinquante(vois plus) ,serrés comme des sardines et ou seul le bourdonnement des mouches et la voix de l'instituteur
résonnaient.
 Encore un reportage sur la décroissance!!!
continue ma griotte!


La griotte 09/02/2010 16:58


Les salles de classe ici (en tout cas celles en dur) ressemblent étrangement à celles du Sénégal tout de même !
Et plus réceptifs.. mouai.. plus passifs ? (pour ceux que je connais bien sur).


yvon 09/02/2010 10:05


super reportage on s'y croirait.Nous ne prenons pas de risque et nous vivons tout de même de sacrés aventures.Quelques évocations littéraires ça cest un plus.
J'ai essayé de dormir à la belle étoile dans le cotentin mais cela a toujours un fiasco et de plus c'est rare que les voisins viennent chanter autour de toi même ceux avec qui tu t'entends le
mieux.Tontonkisakaille 


La griotte 09/02/2010 16:53


Tu m'avais manqué ST !


Victor 08/02/2010 19:37


Moi aussi j'ai un blog !!!
Autrement, je trouve cet article très bien et j'aimerai bien savoir si c'est confortable de dormir à la belle étoile... As-tu vu des étoiles (car il n'y a pas de pollution lumineuse dans la
brousse)?


La griotte 09/02/2010 17:06


Mais c'est ton vieux blog ça frérot, non ? Sinon, ce n'est pas très confortable non ! mais le ciel est effectivement magnifique !