Où l'instinct maternel est remis en question

Publié le par La griotte


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Une question qui peut se poser au quotidien ici. Que veut dire et que représente cette notion d’instinct maternel ?


Ne poussez pas de cris d’orfraies s’il vous plait. Je ne suis pas en train de dire que parce que je vis en Afrique, je me demande vraiment si « ces gens là » sont « comme nous ».
Mais, il est vrai, que ce sont des questions que l’on arrive à se poser devant le nombre de gamins livrés à eux-mêmes dans la rue, ou même devant nos petits voisins qui ont leurs parents, mais qui sont dans un état de crasse inimaginable et qui vont à l’école si bon leur semble.
Question que l’on se pose aussi devant le relativisme et le fatalisme déployé par certains parents devant la mort (ou la maladie) d’un de leurs enfants.

Et c’est le cas pour beaucoup de gens que j’ai croisé et qui ont roulé leur bosse en Asie, en Amérique du Sud, en Afrique et même dans certaines zones de l’Europe.
Ou qui ont simplement côtoyé une maman moins attentionnée, voire pire.

Darwin, lui, y croyait : il prenait pour exemple les femelles babouins manifestant de la tristesse à la mort de leurs bébés, ou adoptant les petits de femelles mortes.

Examinons le côté scientifique de la chose.

♦ Une théorie défend le fait que l’instinct maternel serait « activé » par un gène, le gène « fos ».
Une souris dépourvue de ce gène ne sait pas s’occuper de ses petits et les délaisse. C’est l’odeur des bébés qui déclencherait l’activation de ce gène : on sait tous qu’il faut éviter de toucher des lapereaux tout juste nés, leur mère pourrait aller jusqu’à les tuer.
Inversement, on a vu une lionne s’attacher à une petite antilope qu’on avait imprégnée de l’odeur « familiale ».

♦ Un autre mécanisme déclencheur de cet instinct maternel proviendrait de la prolactine, une hormone qui produit la lactation chez les jeunes mères.
Il arrive que des jeunes femmes n’ayant jamais éprouvé aucun sentiment particulier pour les bébés changent complètement à la naissance du leur.

Certains femmes développeraient donc cet instinct de façon mécanique (phénomènes biologiques), alors que d’autres seraient « séduites » par le bambin. En effet, des scientifiques avancent la thèse suivante : les nourrissons auraient développé des stratégies de séduction au fil des siècles : pleurs, sourires, cris, physionomie potelée, etc.

Et historiquement ?

Selon Elisabeth Badinter, ce concept serait né vers 1760.

Avant, et nous le savons tous, un très grand nombre d’enfants mourraient en bas âge et les contraintes économiques qui pesaient sur la plupart des femmes étaient importantes. De plus, les enfants n’étaient pas considérés comme des êtres humains à part entière. 
En conséquence, nombre d’enfants étaient abandonnés ou laissés en nourrice.

Tous les mécanismes biologiques exposés plus haut, ne suffisent donc pas toujours à développer cet instinct. Ainsi, de nombreuses mères sont négligentes, préfèrent un enfant à un autre ou font preuve de maltraitance.

♦ Pour preuve, l’abandon est un phénomène de masse. Il a d’ailleurs été encouragé par l’Eglise dès le début du Moyen Age pour éviter l’infanticide.
L’historien John Boswell nous révèle ainsi qu’à Rome, au cours des trois premiers siècles de notre ère, 20% à 40% des enfants étaient abandonnés. Ils étaient 22% à Florence en 1640 !
L’abandon a été un véritable fléau au 17ème et 18ème siècle dans les pays européens. Je n’ai pas trouvé de statistiques fiables, mais 400 000 personnes nées sous X recherchent actuellement leur identité.

♦ L’infanticide est aussi plus fréquent qu’on ne le pense. De nos jours, il se pratique principalement (bien que marginalement, ne me faites pas dire ce que je ne pense pas) en Chine et en Asie ainsi que chez les Indiens d’Amazonie.
En France, les statistiques sont quasi impossibles à déterminer (la disparition du terme « infanticide » du code pénal en 1994, remplacé par « homicide aggravé sur mineur de moins de 15 ans », supprime ce crime des statistiques officielles), mais les estimations tournent autour de 60 à 80 enfants tués. Et officiellement, les chiffres oscillent entre 10 et 20 chaque année.


Ces données remettent donc en cause la théorie de l’instinct maternel universel. Où l’on entend instinct, comme un comportement inné par opposition au comportement acquis.

Je pense donc que l’instinct maternel tel que nous l’entendons aujourd’hui (universel et sans concession) est une « invention », un « produit » de notre société occidentale. Parce que nous vivons dans un confort qui nous permet de nous « centrer » sur l’enfant. L’enfant roi.

Et que dans d’autres sociétés, c’est une notion qui n’a pas été développée et exacerbée. Pour des raisons sociales, économiques, culturelles.
Parce que tous les enfants ne sont pas forcément désirés (absence de contraception), qu’ils sont nombreux, que les parents ont du mal à survivre, qu’ils travaillent 24/24, et pour beaucoup d’autres raisons.

Et une fois encore, mon petit esprit étriqué et conditionné, s’ouvre à une nouvelle façon de penser.
Et ça fait du bien de malmener ses convictions proprettes et aseptisées !

Kala a ton ton



Edit : j'ai relu l'article avant de le publier (je suis consciencieuse), et j'ai remarqué que quand je dis "devant le nombre de gamins livrés à eux-mêmes dans la rue", je décris des scènes que l'on peut voir en France et ailleurs !
Disons que la différence, c'est qu'ici ils tiennent à peine debout et sont déjà dans la rue (surveillés par les grands frères et soeurs), ou que les petites filles de 8 ans trimballent partout leurs petits frères de quelques mois.
Alors qu'ici, cette même fillette de 8 ans, on lui dirait : "Assieds toi, cale toi bien, ne respire plus, prends le.... ne bouge pas !!!! voilàaaaa... allez, je le reprends".

Autre chose
: je ne généralise pas, bien entendu. Certaines familles en Occident ont trouvé le juste milieu, mais en Afrique et ailleurs aussi ! Tous les petits nigériens ne sont pas livrés à eux-mêmes dans les rues, de même que tous les petits occidentaux ne sont pas bien propres sur eux, assis dans un beau salon, un livre sur les genoux.

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saraounia 11/01/2010 16:36


Voilà une question que je me suis beaucoup posée, en voyant il y  a quelques années l'attitude de mamans devant la malnutrition et la maladie qui emportaient leurs bébés.
J'y ai beaucoup pensé, j'en ai beaucoup parlé...et quelques remarques.
1) souvent les femmes à la campagne sont mariées très jeunes, sans qu'on leur demande leur avis, et ensuite elles sont enceintes trop vite et trop souvent
2) quelqu'un m'a dit un jour, dans les campagnes -et dansces pays très pauvres-être une femme c'est comme avoir la grippe tout le temps: fatiguée, carencée, perpétuellement enceinte ou allaitante
et travaillant en permanence
3) je me demande aussi si l'apparent détachement devant la maladie ou la mort d'un enfant -apparent détachement, je dis bien- ce n'est pas seulement un mécanisme inconscient pour ne pas devenir
folle. Combien ai je vu de femmes de 25 ans qui avaient déjà mis au monde 8 bébés pour au final n'en avoir que trois vivants....
On en sait pas la chance que l'on a, lorsqu'on peut choisir ses maternités.


La griotte 12/01/2010 15:22



Je suis totalement d'accord avec toutes tes remarques. Je faisais allusion à tout cela en évoquant les conditions socio-culturelles.
Et cela rejoint ce que je disais : l'instinct maternel tel que nous l'entendons aujourd'hui (l'enfant roi) est une notion nouvelle et concernant les plus "riches" d'entre nous. Quant on a des
préoccupations basiques telles que la survie, on se protège comme on peut (et on subit comme on peut).