De Maradi à Niamey, le périple de la griotte

Publié le par La griotte

Il y a quelques jours j’ai fait un saut à Maradi, capitale économique du Niger située à 600km de Niamey.
Je pensais vous décrire la région, photos à l’appui, avant de vous proposer un récit épique des aventures de votre griotte.
Malheureusement, une photo mettant plus de 15 minutes à télécharger aujourd’hui, j’inverse le programme.

Et vous propose donc en exclusivité le récit de mon incroyable périple Maradi – Niamey.


Je devais prendre un 17 places (minibus), direction Niamey, vers 15h. Malheureusement, nous n’en avons pas trouvé de fiables.
Mes « chaperons » de Maradi m’ont donc amené à la sortie de la ville, à la barrière de péage dans l’espoir d’y arrêter une voiture allant à Niamey.
Nous avons donc attendu, assis sur des chaises en plastique, en compagnie des douaniers, à l’ombre d’un manguier. Plus d’une heure… Quand, soudain !

Un gros 4*4 portant en bonne et due place, soit au milieu du pare brise, le macaron « député », est apparu à l’horizon. Le douanier et mes chaperons se précipitent. Hop hop hop, 3 secondes plus tard, moi et mes maigres bagages sommes projetés dans la voiture.
Sièges en cuir, climatisation, toute la banquette arrière pour moi… Salutations faites au député et à son chauffeur, je soupire d’aise et me blottit confortablement au creux des confortables bourrelets de la banquette.
Juste avant de sombrer dans un sommeil bien mérité, par acquis de conscience, je valide l’itinéraire auprès de mon député.
«  Vous allez bien à Niamey ? »
« Ah non. A Koni »
« Aaaaaaaahh…… ok……. ».
« ……… ».

Panique dans ma tête : Koni est à 5h de Niamey et nous y serons aux alentours de 20h… Mais la panique, sentiment absolument contre productif, fait très rapidement place à un Inch’Allah de circonstance.

Je me laisse donc porter au sein de ce magnifique écrin et profite de tout le confort proposé, d’autant plus que je ne sais pas ce qui m’attend après.
Au hasard d’une pause prière à Galmi (la ville des oignons), je redécouvre par hasard une sensation de mon enfance dakaroise : celui que l’on appelait le Boy coupé, qui ici s’intitule Robot, mais qui a exactement le même goût chimique et fraisé que son homologue….
Un concentré de bonheur et de souvenirs dans un chewing gum  à 10 FCFA. A chacun ses madeleines !

A 19h, je suis larguée au bord du goudron à Koni par mon député, qui me demande une petite compensation (financière, entendons-nous bien).
Je suis immédiatement prise en charge par de charmants messieurs, qui me rassurent en me disant que c’est la meilleure place pour trouver un véhicule en direction de Niamey. Soit. Totalement zen et détendue, le temps semblant s’étirer à l’infini, je patiente sur un banc au bord de la route.

20h10, soit 70 minutes d’attente placide plus tard, je prends place à bord d’un 17 places direction Niamey. Nous y serons dans 5 heures environ.
Chacun s’installe tant bien que mal. Je suis placée à l’avant entre le chauffeur et un autre passager. Tout le monde a les traits tirés, certains d’entre nous ont plusieurs heures de voyage à leur actif, d’autres 2 ou 3 jours. Je fais rapidement connaissance avec le chauffeur et mes voisins les plus proches, l’ambiance est détendue.
20h30, le 17 places, enfin chargé, s’élance.

La route est longue et monotone (de nuit, nous ne voyons donc que ce qui se trouve dans la lumière de nos phares)…
Quelques pauses rapides ponctuent le trajet.

22h, j’ai les jambes comprimées par le tableau de bord et commence à souffrir de crampes. A la pause suivante, mon voisin, avec qui nous n’avons pu échanger que quelques salutations d’usage et nos prénoms, m’offre une boite de lait concentré en me faisant signe que cela me soulagera. Le chauffeur, lui, m’offre un coca.
Ces charmantes attentions réchauffent mon petit cœur.

23h, suite à l’une de mes questions, le chauffeur se lance dans un cours magistral sur l’utilisation des clignotants sur les routes.

00h. Le minibus ralentit et s’arrête dans un minuscule village à peine éclairé. Les passagers s’agitent, le ton monte rapidement. Le chauffeur n’en a cure et quitte le véhicule (précisons ici qu’il doit faire 1m90 pour 120kgs).
Je comprends enfin qu’il a décidé de dormir ici et continuera demain sur Niamey… Nous sommes en pleine brousse à 2h30 de Niamey. Petit moment de panique-fatigue.
Mais, là encore, je me reprends rapidement. Nous décidons alors, avec l’un des passagers, de faire du poids lourd-stop jusqu’à Dosso, ville située à 2h de Niamey et dans laquelle nous devrions trouver d’autres véhicules.

10mn après nous montons dans un énorme poids lourd avec 2 béninois. Une grande première ! Seule ombre au tableau : le chauffeur visiblement exténué s’endort au volant. C’est son apprenti qui le réveille régulièrement.
Je passe sur les 2 contrôles de police à l’approche de Dosso : ma présence excite la convoitise des policiers. Heureusement, je ne porte pas préjudice aux routiers et nous arrivons 1h plus tard à Dosso.

Il est 1h30. Mon compagnon d’infortune et moi nous installons sur un banc au bord de la route direction Niamey. L’attente recommence.
45 minutes et d’interminables discussions plus tard, nous montons (pour un prix plus ou moins exhorbitant, mais l’heure n’est plus vraiment à la négociation de mon côté) dans une petite voiture avec un nigérian de passage.

A l’approche de Niamey les contrôles policiers se multiplient et ralentissent d’autant notre périple. Fouille du véhicule, des bagages, contrôle minutieux des passeports… Blagues à gogo sur les gendarmes de St Tropez (ma ville de naissance)…

Ma patience s’émousse peu à peu.

C’est au cours du dernier contrôle que je laisse échapper un prémonitoire « Mais vous avez peur pour Tandja ou quoi ?? ». Le coup d’état éclatera 9 heures plus tard.

C’est à 5 heures que j’arrive chez moi fourbue, moulue, épuisée. Mais, la tête pleine de souvenirs et de rencontres peu communes.

C’est aussi cela mon Afrique.

C’est notamment au cours de « galères » comme celles-là que l’on apprend à mieux se connaître, à mieux apprécier ses limites. Et que l'on a pleinement l'impression de faire partie du pays, de le vivre.


Sur ce, kala a ton ton, et a très bientôt pour une illustration de Maradi et de sa région.

Publié dans Au quotidien

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Commenter cet article

anne 02/03/2010 12:30


J'adore ces longs périples d'un véhicule à l'autre...c'est comme ça qu'on découvre le pays...un sage malien m'avait dit, si tu n'as pas connu ça, tu n'as pas connu le Mali...Nostalgie !



La griotte 03/03/2010 11:16


C'est vrai que c'est la meilleure manière de découvrir un pays. Sur le moment ce n'est pas toujours très marrant, mais, après coup, ça laisse des souvenirs impérissables !


yvon 01/03/2010 22:37


Les transports sont un enjeu pour les élections régionales en basse-normandie.Le retard et la la lenteur sont souvent évoqués  .Je pense finalement que malgré tout cela
semble être  plus rapide de voyager ici mais finalement affreusement  routinier.En Afrique il faut disposer d'un plus de temps c'est tout. 


La griotte 03/03/2010 11:15


Effectivement, ça fait relativiser les problèmes de transport en Europe... Quoique... Certains RER parisiens n'ont rien à envier aux 17 places nigériens


Victor 01/03/2010 20:00


Moi, je pense que le voyage devait être long... Mais bon, tu t'es bien amusé avec tes blagues lourdes.. Mais t'était pas un peu crevé à la fin, non ?


Bisous, Victor.



La griotte 03/03/2010 11:12


Effectivement c'était un peu long et j'étais éreintée en arrivant. mais heureuse ! Entre parenthèses, Vic, si tu écris en blanc c'est difficilement lisible tout de même...


cathy 01/03/2010 19:47


En fait le voyage était "presque" une partie de plaisir,même pas de panne ni de crevaisons ,le parc automobile serait-il en
meilleur état qu'à Dakar?
Je vais finir par croire que tu es visionnaire! tu avais même prévu le coup d'état (trop forte.....).NOUS AVONS PU LIRE UN PETIT ARTICLE SUR COURRIER INTERNATIONAL .
A bient^t pour de nouvelles aventures...... 


La griotte 03/03/2010 11:11


A l'aller on a tout de même eu une belle panne ! qui nous a retardé de quelques 3 heures. mais je ne pouvais pas tout raconter.